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L'affaire des diamants

Nous sommes en janvier 1908 et une plainte a été déposée en décembre 1907 par Julius Vernher à l'encontre d'Henri-Léon- Guy Lemoine, dit Comte de Petrovic.

 

 

Les gros titres, français, anglais et américains s'en donnent à cœur joie : Henri Lemoine, l'alchimiste de Pigalle, the diamond maker, le découvreur de la pierre philosophale, un inventeur de génie ou grand inventeur méconnu ?

 

La France se fascine pour cette affaire tout comme Proust qui écrira d'ailleurs « l'affaire Lemoine ».

 

Rappel des faits :

 

Henri Lemoine est un jeune homme d'une trentaine d'années quand il se présente en 1905 chez Feldenheimer, diamantaire basé à Londres. l'affaire des diamants de Lemoine exemple de diamant brut

 

Henri Lemoine lui montre des pierres brutes que le diamantaire confirme comme étant des diamants «parfaits, absolument parfaits».

 

Henri Lemoine précise à Feldenheimer que c'est lui qui les a fabriqués. Stupeur alors du diamantaire qui ne met pas en doute une seule seconde la parole d'Henri Lemoine: Lemoine est  fils de bonne famille et son père était consul à Trieste.

l'affaire des diamants de Lemoine Julius Vernher

 

 

 

 

 

 

Feldenheimer s'empresse alors d'aller raconter cette édifiante découverte à Julius Vernher.

 

Vernher n'est pas n'importe qui dans le monde du diamant: il est gouverneur à vie de la De Beers, et propriétaire de Vernher Beit and Co, très importante société d'extraction de diamants en Afrique du Sud.

 

 

Julius Vernher prend immédiatement rendez-vous avec Lemoine. Si cette nouvelle se répand, ce sera la panique chez les lapidaires et bijoutiers et il y a fort à parier que les cours du diamant chuteront.

 

 

 

 

 

A lire à ce sujet ci-dessous l'article de l'Illustré datant de 1908.

 

l'affaire des diamants synthetiques et consequences

Relevons la dernière phrase de l'article "car les jolies femmes peu fortunées et mêmes les laides, brilleront d'avantage" ... sacrée liberté de la presse !

 

En présence de Vernher et deux autres témoins, Lemoine, dans son laboratoire parisien, rempli de piles de livres et de formules chimiques, fait une présentation de son savoir faire: il dispose d'un four, d'un creuset et d'une poudre mystérieuse.

 

Lemoine explique qu'il a amélioré la formule de Moissan, un prix nobel de Chimie qui avait réussi pour la première fois à fabriquer le fluor et qui s'était attaqué à la synthèse du diamant mais sans succès.

 

 

l'affaire des diamants et Henri Moissan

 

Lemoine laisse le soin à son assistance de verser sa poudre secrète dans un creuset. Le creuset est mis au four et recouvert de feu de toutes parts. Le four est fermé. Au bout de 20 mm, le creuset est sorti et arrosé d'eau. Il est ensuite cassé. A l'intérieur, se trouve une masse de matière boursouflée et des diamants … Les spectateurs sont bluffés.

Vernher confie l'analyse des pierres à des experts qui confirment qu'il s'agit de vrais diamants.

 

Julius Vernher et Lemoine signent alors un contrat. Lemoine écrit sa formule et le pli cacheté est déposé dans les coffres de l'Union Bank à Londres.

 

l'affaire des diamants lemoine l'Union Bank

 

 

Vernher ne pourra le retirer qu'en cas de mort de l'inventeur. En contrepartie de la formule, Vernher fournit alors à Lemoine les fonds nécessaires à l'exploitation de sa découverte et une usine est construite à Argeles, près de Pau.

Lemoine s'engage aussi à produire des diamants et les remettre exclusivement à la DeBeers (? pour avoir deux marchés distincts ?). Vernher verse ainsi près de 1'580'925 francs de l'époque pour les recherches de l'alchimiste.

 

Trois ans se passent ... sans qu'aucun diamant ne sorte de l'usine, laquelle n'est même pas inaugurée.

 

 

l'affaire des diamants l'usine a diamants de Lemoine

 

Lemoine mène la grande vie à Paris, Vernher s'impatiente. Lemoine exige toujours plus d'argent et indique à Vernher que s'il ne paie pas il cédera la formule à un concurrent.

 

Vernher s'impatiente, s'inquiète et dépêche alors un de ses hommes de confiance, Monsieur Hoats venant directement de Kimberley.

Hoats demande à ce que Lemoine réitère son expérience. Profitant d'un moment d'absence du chimiste, Hoats dissimule dans le four un vrai diamant. Or si, comme le prétend Lemoine le four chauffait à blanc pour permettre la transformation de la poudre en diamant, le diamant mis par Hoats se serait transformé en graphite, pourtant le diamant est toujours bien intact …

 

Verdict : Henri Lemoine est un escroc ! Vernher décide de porter plainte pour escroquerie et abus de confiance.

 

 

Retour en 1908 :

 

Henri Lemoine est incarcéré à la Santé. Les enquêtes montrent que Lemoine a déjà été fait prisonnier en 1901 et 1902 pour usurpation du nom de Petrovic et pour avoir fabriqué et touché chez un banquier à Compiègne une grosse traite.

 

Donc, quand Henri Lemoine se présente à Vernher, ce n'est pas un enfant de cœur et vient juste de sortir de prison.

 

A l'audience, Vernher exige de voir la lettre et le contenu de la formule secrète: ce serait pour Lemoine le meilleur moyen de prouver la réalité de son invention.

 

Mais Henri Lemoine s'insurge. Il prétend qu'il a « le truc ». Il se dit prêt à réaliser toute sa fortune et à la déposer au greffe du tribunal comme caution en échange de sa libération et ce pour se préparer à de nouvelles expériences et confondre son accusateur.

 

 

l'affaire des diamants le proces de Lemoine

 

Il fait preuve d'une telle persuasion que le juge le libère provisoirement contre caution le 2 avril 1908. Lemoine a jusqu'au 11 juin 1908 pour fabriquer des diamants et les présenter au juge.

 

Il faut croire que le juge est apparemment ensorcelé par Lemoine car il met de côté les observations de certains diamantaires appelés à la barre : ces diamantaires reconnaissent les pierres données par Lemoine à Vernher. Il s'agit des pierres de leurs stock vendues en leur temps à Lemoine, sa femme ou encore l'un des premiers associés de Lemoine.

 

l'affaire des diamants les diamants de Lemoine fournis a Vernher

 

Le 11 juin 1908, Le Poittevin attend l'alchimiste. Trop tard, l'oiseau a quitté le nid.

 

Lemoine lui a laissé une lettre indiquant qu'il n'a pas été en mesure de fabriquer les pierres promises car l'accès à son usine lui est interdit (?), qu'il doit partir ailleurs pour continuer ses études et que s'il réussit, il viendra lui apporter le résultat de ses recherches.

 

Furax, Le Poittevin lance alors un mandat international contre Lemoine.

 

 

l'affaire des diamants de Lemoine le New York Times 1908

 

 

L'Union Bank est contrainte de donner la lettre contenant la fameuse formule. Le juge décachette la lettre et Vernher ne peut s’empêcher de rire nerveusement :

 

« Pour faire du diamant, prenez de la poudre de charbon de sucre, placez la dans un creuset qui sera déposée dans un four électrique. Portez alors le courant de 1560 à 1800 ampères, sous une tension de 110 volts de façon à chauffer à 1600 degrés. Lorsque cette température est atteinte, faire pression en appuyant sur le couvercle du creuset. Je soussigné, Henri Lemoine, certifie que lorsqu'on exécute cette formule, on doit trouver des diamants dans le creuset ».

 

Cette formule est soumise à l'analyse des experts. Ils la décrivent comme une "polissonnerie" et considèrent "qu'en suivant les indications vagues qui y sont données il est impossible de réaliser la fabrication du diamant".

 

Vernher s'est fait avoir en beauté, Le Poittevin est démis de l'enquête et le 1er février 1909, Henri Lemoine est condamné par contumace à 10 ans de prison.

 

 

Le procès de 1909 :

 

Aucune nouvelle de Lemoine jusqu'au jour du 14 avril 1909 ... N'oublions pas que "Le criminel revient toujours sur les lieux de son crime" ....

 

Les Services de Police ont reçu une lettre anonyme. Il faut chercher du côté de l'Etoile. Lemoine a coupé sa barbe et se fait passer pour un agent d'affaires viennois du nom de Hans Leitner. Il est intercepté et déféré à la Santé. Lemoine fait appel de son jugement.

 

La presse n'est pas tendre avec lui. Lisez attentivement, .... nul doute qu'aujourd'hui une ou deux associations auraient porté plainte ...

 

"Il est élégant, assez joli garçon même avec sa jaquette coupée à la dernière mode, ses bottines vernies et ses gants beurre frais. [….] Mais il y a pourtant dans sa tenue, sa démarche, sa façon gouailleuse de s’exprimer quelque chose de lourd et de vulgaire qui inspire la méfiance. Il est français et né à Trieste, il a un accent bizarre, à la fois russe et italien, aux sonorités curieuses. Il semble appartenir à ces contrées orientales incertaines et être venu à Paris on ne sait d’où pour faire on ne sait quoi. Il a bien plutôt l'air d'un de ces étrangers de patrie indéfinissable passant leur journée sur les champs de course et leurs nuits dans les tavernes qu'un inventeur, d'un savant habitué aux laboratoires [....] et il est arrogant, hautain, nerveux."

 

Pendant son procès, le nouveau juge se moque de lui en faisant allusion à la lecture du Roman de Jules Verne « L'Etoile du Sud » qui aurait certainement inspiré Lemoine pendant ses séjours en prison.

Dans ce roman, un ingénieur cherchait en effet à fabriquer du diamant. Il croit y avoir réussi lorsqu'il apprend que le diamant trouvé dans le creuset y a été placé par un domestique.

 

l'affaire des diamants de Lemoine l'etoile du Sud

 

 

Mais Lemoine adopte une nouvelle stratégie de défense: il prétend qu'il n'a pas escroqué Vernher car celui-ci connaissait le contenu de la formule même s'il n'y comprenait rien, qu'il savait à quoi s'en tenir sur la valeur de l'invention et que Vernher se serait servi de lui pour mener à bien certaines spéculations financières.

 

Cependant, la Cour dans son arrêt ne retiendra pas ses arguments :

 

« Considérant que Lemoine fait plaider que dans un temps concomittant à celui des expériences, Wernher se trouvait en possession d'un nombre considérable d'actions de la De Beers dont il avait un intérêts manifeste à tirer parti et ajoute qu'une hausse notable plus tard, une baisse non moins notable se sont produites sur le marché mais considérant qu'en tenant compte de cette double allégation comme fondée, Lemoine ne fait apparaître aucun lien de cause à effet entre les contrats passés par lui soit avec Werhner soit avec la societé De beers ni entre le succès ou l'insuccès des expériences et la fluctuation des cours. »

 

confirme que:

 

"les circonstances de fait dans lesquelles opérait Lemoine avec un matériel rudimentaire ou uniforme ne laissent aucun doute sur le caractère fantaisiste et frauduleux de ses expériences ; qu’aucune méthode, aucune règle scientifique n’a jamais présidé à cette parodie grossière des travaux de Moissan ; que les substances étaient introduites dans le creuset pêle-mêle sans avoir été même dosées et dans des conditions telles qu’aucune cristallisation ne pouvait se produire… ; qu’en un mot le four électrique, les poudres, le creuset, le seau d’eau dans lequel il le refroidissait n’étaient qu’une mise en scène destinée à permettre à Lemoine de placer les diamants dans le creuset au moment opportun »

 

Notre ingénieur ingénieux est condamné le 6 juillet 1909 à 4 ans de prison ferme et une amende de 3000 francs. Notons qu'à cette époque la justice était plutôt rapide.

 

 

Qu'est-il advenu de Lemoine ? il aurait été libéré assez rapidement pour bonne conduite, aurait quitté la France, serait parti pour l'Amérique du Sud. Et des sommes volées ? on ne les a jamais retrouvées....

 

 

l'affaire des diamants de Lemoine Bresil

 

 

Mais aujourd'hui est-on en mesure de fabriquer des vrais faux diamants ? ... réponse dans notre prochaine newsletter... 

 

Pour conclure, la morale de cette histoire: plus l'escroquerie est énorme et plus elle convaincante. Tout n'est pas sans rappeler les frasques de Christophe Rocquencourt et autres artistes du même genre. 

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